À Innsbruck, ski olympique dans l’autre capitale des Alpes

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5 STATIONS OLYMPIQUES (4/5) – La ville-station du Tyrol reste la seule étape autrichienne de l’histoire olympique. Elle a accueilli les jeux à deux reprises, dans des conditions rocambolesques. Mais a su faire fructifier son héritage.

« Le Figaro » vous emmène toute la semaine dans cinq stations des Alpes au sommet de l’olympisme. Quatrième étape en Autriche.


Envoyé spécial à Innsbruck

À Innsbruck, les rues sont droites et le regard cogne invariablement sur les masses montagneuses qui enserrent la capitale du Tyrol. Peut-être a-t-il manqué à la cinquième ville d’Autriche, 190.000 habitants, un écrivain de la trempe de Stendhal et son fameux « Au bout de chaque rue, une montagne », pour ravir à Grenoble le statut de capitale des Alpes. Sans rancune, les deux cités sont jumelées. Cette géographie a toutefois offert à Innsbruck, qui s’ébroue dans la vallée de l’Inn, du nom de la rivière qui la fend pour se jeter dans le Danube (bruck signifiant « pont »), l’opportunité rare d’un double destin olympique, en 1964 puis en 1976. Privilège partagé avec la suisse Saint-Moritz et l’américaine Lake Placid.

C’est dire si Innsbruck, ville où les citadins sont aussi des montagnards, s’affirme comme une destination internationale de sports d’hiver. Elle n’est pas une station à proprement parler, comme ses voisines Sankt Anton ou Kitzbühel. Mais, et c’est l’un des legs principaux de l’épopée olympique, elle a structuré la desserte en transports en commun des 13 stations environnantes, devenus des pôles touristico-sportifs. Depuis le charmant cœur médiéval où les Habsbourg avaient leurs habitudes dès la Renaissance, les skieurs de toutes obédiences empruntent tramways, bus ou funiculaire pour une grimpette d’une quarantaine de minutes.

Direction des spots aux noms délicieusement imprononçables et aux profils variés, du plus familial (Muttereralm) aux pentes de glacier (Stubaier Gletscher). L’Autriche, berceau du ski, a pourtant bien failli manquer son premier rendez-vous avec les Jeux. Et n’avait pas programmé le deuxième. S’il semblait logique que le pays accueille enfin les JO en 1964, ce fut le renoncement de la ville désignée, Denver, en 1973, face aux ruades des habitants – cas unique dans l’histoire -, qui lui offrit les XIIes Olympiades.

Un million de visiteurs

Une tranche d’histoire en particulier raconte la relation intime que les habitants de la vallée de l’Inn entretiennent avec la montagne et, désormais, l’olympisme qui, s’il n’a pas de musée désigné, diffuse toujours son héritage.

Elisabeth Grassmayr partage volontiers l’anecdote. À 83 ans, cette guide dynamique incarne la… treizième génération de la plus ancienne entreprise familiale d’Autriche, spécialiste de la fonderie de cloches. La quatorzième, avec ses trois enfants, à ses côtés. Un large sourire fend son visage à peine hachuré lorsqu’elle convoque ses souvenirs de bénévole aux JO de 1964. L’attente est immense.

Innsbruck se trouve à parfaite équidistance entre Allemagne (38 km) et Italie (37 km). Un million de visiteurs, un record, doivent assister à 34 épreuves, contre 27 quatre ans auparavant à Squaw Valley. Quelque 1 091 athlètes de 36 nationalités sont en lice, et les Jeux sont retransmis pour la troisième fois à la télévision dans une trentaine de pays. Mais, « jusqu’à trois jours avant, la neige manquait cruellement et nous craignions que les Jeux ne puissent se tenir. On n’avait pas vu cela dans notre région depuis des dizaines d’années », rembobine-t-elle.

Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’Innsbruck en 1976 au pied du tremplin du Bergisel. Walt Disney Television Photo Arc / ABC

En cette fin janvier, le foehn, ce vent chaud du sud, ruine davantage encore le faible tapis neigeux. Les canons à neige n’entreront en action que pour les JO de 1980 à Lake Placid. Que faire ? Deux mille soldats autrichiens sont mobilisés aussi sec pour ratisser 40.000 mètres cubes de neige des environs. Pour la seule descente masculine du Patscherkofel, 35 camions ont convoyé de quoi ravauder le tissu neigeux de 15 à 20 cm à peine. Suffisant pour accueillir les premiers entraînements du 24 janvier. Son tracé, mythifié par la victoire en 1976 de la légende nationale Franz Klammer, est toujours en partie skiable. Mais revenons à 1964.

Les 1er et 3 février, le rideau se lève en noir et blanc – la couleur à la télé n’arrivera qu’aux JO de Grenoble en 1968 – sur l’un des plus retentissants exploits français, et du sport tout court. Sur les pentes d’Axamer Lizum, les sœurs Goitschel – l’aînée, Christine (20 ans), et la cadette, Marielle (pas encore 18 ans) – remportent chacune leur tour l’or et l’argent en slalom et slalom géant. Un doublé, deux fois de suite ! Jamais une fratrie n’avait réalisé pareil exploit. Marielle Goitschel loue encore « l’extraordinaire dévotion des Autrichiens pour le ski. Quand leurs champions ne gagnent pas, ils pleurent ; une défaite peut causer la démission d’un ministre des Sports ! »

Souvenir contrasté

La 3e médaille d’or tricolore de François Bonlieu en slalom géant – la 5e place revenant à un jeune espoir nommé Jean-Claude Killy – parachève le succès du ski français lors de ces Olympiades. Une époque dorée, incarnée par l’entraîneur des équipes de France de ski alpin, Honoré Bonnet, et le Chamoniard Maurice Herzog, secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports et appui zélé des champions nationaux.

La grandeur de la France, selon Charles de Gaulle, se jouait aussi dans les arènes sportives et le président de la République goûtait particulièrement le rugby et le ski. « Il avait coutume de dire : “Leurs victoires sont les nôtres” », rapporte Marielle Goitschel, fille et sœur de résistants, qui reçut des mains du Général la médaille de l’ordre national du Mérite le 26 juin 1964. Pour la France, Innsbruck reste un souvenir contrasté. Aux 7 médailles (3 d’or et 4 d’argent) moissonnée lors des IXes Olympiades succède une récolte famélique en 1976 : une breloque de bronze remportée par Danièle Debernard en slalom géant. Et l’histoire s’arrêtera peut-être là.

Depuis, la belle cité du Tyrol pérennise son héritage olympique. Les cinq anneaux trônent sur l’immense Olympiaworld, qui héberge la patinoire. La piste de bobsleigh d’Igls accueille successivement des équipes sportives nationales et du grand public – surtout en été – pour des sessions de découverte. Et le tremplin du Bergisel, au pied duquel demeure le stade qui accueillit les cérémonies d’ouverture des Jeux, s’inscrit dans la mythique Tournée annuelle des quatre tremplins. Les habitants n’en demandent pas plus. À trois reprises, ils ont dit non à une nouvelle candidature de la ville aux Jeux olympiques d’hiver.


Ces trois vasques olympiques qui font l’histoire

Le mont Bergisel qui domine Innsbruck est doublement sacré pour les Tyroliens. C’est là qu’au cours des batailles franco-prussiennes se révéla le héros national Andreas Hofer, qui y possède sa statue. Le stade olympique fut ensuite bâti au pied de l’historique tremplin de saut à ski, où le pape Jean-Paul II célébra une messe en 1988 devant 60.000 fidèles. Les deux vasques olympiques s’y trouvent, ainsi qu’une troisième, ce qui reste unique au monde. En plus des Jeux d’hiver, Innsbruck a en effet accueilli en 2012 les premiers JO de la jeunesse. Plus largement, le lieu reçoit les touristes en nombre depuis que la « starchitecte » Zaha Hadid a conçu, en 2002, le nouveau tremplin (photo), coiffé d’un restaurant panoramique tout en courbes et contre-courbes.

Le nouveau tremplin, conçu en 2002 et signé Zaha Hadid, est coiffé d’un restaurant panoramique. Tirol Werbung / David Schreyer

Carnet de route

En avion. De décembre à mars, vol direct Air France A/R tous les samedis entre Paris Charles-de-Gaulle et Flughafen Innsbruck. En train. Via la Suisse : TGV Lyria (par exemple jusqu’à Zurich) puis ÖBB (compagnie autrichienne). Via l’Allemagne : TGV Inoui vers Suttgart ou Munich puis ÖBB. En voiture. Moins de 6 heures depuis l’est de la France, par exemple Strasbourg (5h40).

  • Où dormir ?

Le Stage 12 – Hotel by Penz. Ce 4-étoiles moderne et élégant de 120 chambres (photo ci-dessous) coche toutes les cases. Sa situation est centrale, en léger retrait de Maria-Theresen Strasse, et au calme, tant pour visiter la vieille ville, que pour accéder en une minute aux principaux arrêts de bus et tramway qui mènent aux stations de ski. Chambres de taille modeste mais tout confort avec literie de haut niveau. On aime le personnel aux petits soins et le petit déjeuner buffet plantureux et de qualité. Bar animé en soirée avec d’excellents cocktails. À partir de 159 €. Tél. : +43 512 312312 ; stage12.at

L’hôtel Stage 12. Stage 12

Sporthotel Igls. On quitte la ville direction le plateau et la jolie bourgade d’Igls, pour ce chalet-hôtel 4-étoiles au charme extérieur incroyable mais parfois encore dans son jus. Il est posé en bord de route au pied des arrêts de bus pour Innsbruck (20 minutes environ) et les pistes du Patscherkofel (10 minutes). Cuisine autrichienne de qualité, spa et piscine intérieure. À partir de 128 €. Tél. : +43 512 377241 ; sporthotel-igls.com/

  • Nos bonnes tables

Weisses Rössl. Dans la charmante cité médiévale et piétonne, cet établissement à la déco typique propose une belle carte de spécialités autrichiennes et tyroliennes. À ne pas manquer : la Frittatensuppe, soupe avec des lamelles de crêpes dans un bouillon de bœuf, ou le Zwiebelrostbraten, filet de bœuf sauté avec sauce aux oignons, pommes de terre et épinards. Plats à partir de 16 €, propositions végétariennes. Tél. : +43 512 583057 ; roessl.at

Lichtblick. Un panorama et un lieu exceptionnels pour ce restaurant niché sur le toit des galeries de l’hôtel de ville, dans une architecture tout de verre signée Dominique Perrault. Plats fins, superbe carte des vins avec une sélection pointue de nectars autrichiens. Menus à partir de 44 €. Tél. : +43 512 566550 et restaurant-lichtblick.at

Le Ski Plus City Pass Stubai Innsbruck donne accès aux 13 stations environnantes, transports en commun compris, et 23 activités supplémentaires, dont la piscine. 2 jours minimum et jusqu’à 21 jours. Prix 6 jours adulte (de 8 à 66 ans) : 324 € ; enfant 162 €.

  • Fermeture de la station

Mi-avril 2024.

  • Se renseigner

Innsbruck.info/fr/


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